Question

As-salâmu’alaykum
On entend souvent qu’il est interdit à une femme d’assister aux enterrements, même si c’est celui d’un parent proche ?
Qu’en est-il ?

Réponse

Wa ‘alaykoum salâm wa rahmâtullâhi wa barakâtuhu.

Au nom de Dieu, le tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux, que la grâce et le salut soient sur notre Maître Muhammad, sa famille et ceux qui les ont suivis.

Les juristes ont divergé concernant le statut (hukm) pour les femmes, de suivre les convois funéraires (jana’iz) :

1. Les juristes malikites sont d’avis qu’il est permis à la femme âgée de sortir dans l’absolu [pour les funérailles]. De même pour la jeune femme (shabba) dont on ne craint pas la tentation (fitna), si le défunt (janaza) est une personne dont la perte est une grande épreuve (musiba) pour elle ; comme un père, une mère, un mari, un fils, une fille, un frère ou une sœur. Quant à celle dont on craint la tentation (fitna), sa sortie (khuruj) est interdite (haram) dans l’absolu.

L’érudit Al-Sawi le Malikite a dit dans « Bulghat salik li-aqrab masalik », connu sous le nom de « Hashiyat Sawi ‘ala sharh saghir » :

«Il est permis (jaz) à la femme âgée (khuruj mutajalla) de sortir pour des funérailles (janaza) dans l’absolu, tout comme une jeune femme (shabba) dont on ne craint pas la tentation (fitna).] Il lui est permis de sortir pour les funérailles de celui dont la perte est une grande épreuve (musiba) pour elle, comme son père, sa mère, son époux, un fils, une fille, un frère et une sœur. C’est interdit (haram) dans l’absolu pour celle dont on craint la tentation (fitna). » La mutajalla est : la vieille femme (‘ajuz) pour laquelle les hommes n’éprouvent aucun désir (raghba).

2. Les maîtres Hanafites ont adopté l’avis selon lequel le fait que les femmes suivent les convois funéraires est détestable au degré de la prohibition (makruh karahat tahrim).L’érudit Ibn Abidin le Hanafite a dit dans « Radd muhtar ‘ala durr mukhtar »  :

« (Sa parole : Et leur sortie est détestable à un degré prohibitif – yukrah khuruj tahrim) ; ceci en raison de sa parole [au Prophète] ﷺ : « Retournez chargées de péchés (ma’zurat), non récompensées (ghayr ma’jurat). » Rapporté par Ibn Majah avec une chaîne de transmission faible (sanad da’if).

Cependant, ce texte est renforcé par le sens (ma’na) contextuel né du changement des époques (ikhtilaf zaman), auquel a fait allusion dame (sayyida) Aïcha par sa parole : « Si le Messager d’Allah ﷺ avait vu ce que les femmes ont introduit (ahdath) après lui, il leur aurait interdit (man’) la mosquée (masjid) comme en furent interdites (mani’) les femmes des enfants d’Israël. » Et cela concernait les femmes de son époque à elle (zaman), alors que penser des femmes de notre époque ?

Quant à ce qui figure dans les deux recueils authentiques (sahihayn) d’après Umm Atiyya (qu’Allah l’agrée) : « Il nous a été défendu de suivre les convois funéraires (ittiba jana’iz), mais cela ne nous a pas été imposé fermement (lam yu’zam) » ; signifiant par là qu’il s’agissait d’une proscription légère (nahy tanzih), c’est-à-dire déconseillé sans péché), il convient alors de restreindre (ikhtisas) cela à cette époque-là (zaman), où il leur était permis (yubah) de sortir (khuruj) pour se rendre dans les mosquées (masajid) et d’assister aux fêtes (a’yad). »

3. Quant aux juristes Shafi’ites et Hanbalites, ils sont d’avis qu’il est détestable (karaha) pour les femmes d’assister à l’enterrement. 

L’Imam Al-Nawawi a dit dans « Majmu’ » : « Quant aux femmes (nisa), il leur est détestable (yukrah) de suivre (ittiba) [le cortège funéraire], mais ce n’est pas interdit (la yahrum). Tel est l’avis correct (sawab), et c’est ce qu’ont dit nos compagnons (ashab). Ce que nous avons mentionné concernant le caractère détestable (karaha) du fait que les femmes suivent le convoi funéraire (janaza) est notre école (madhhab) et l’école de la majorité des savants (jamahir ‘ulama).

Ibn Al-Mundhir l’a rapporté d’après Ibn Mas’ud, Ibn Umar, Abu Umama et Aïcha (qu’Allah les agrée), ainsi que des Imams Masruq, Al-Hasan, Al-Nakha’i, Al-Awza’i, Ahmad et Ishaq. C’est aussi l’avis d’Al-Thawri.

Il est rapporté d’après Abu Darda, Al-Zuhri et Rabi’a qu’ils n’ont pas réprouvé (lam yunkiru) cela.

Malik ne l’a détesté que pour la jeune femme (shabba). Il est rapporté de Malik qu’il le déteste (yakrah) sauf si le défunt (mayyit) est son enfant (walad), son père (walid) ou son mari (zawj), et qu’elle fait partie de celles qui sortent (mimman yakhruj) [habituellement pour ses besoins]. »

L’érudit Ibn Qudama Al-Maqdisi a dit dans « Mughni » (2/356, éd. Maktaba qahira) : « Il est détestable (yukrah) que les femmes (nisa) suivent (ittiba) les convois funéraires (jana’iz).]

Preuves de la non interdiction :

Les deux chaykhs (Bukhari et Muslim) ont rapporté d’après Umm Atiyya (qu’Allah l’agrée)  : « Il nous a été défendu (nuhi) de suivre les convois funéraires, mais sans insistance (lam yu’zam). »

 Al-San’ani a dit dans « Subul salam »  : « [Sa parole : « sans insistance » montre à l’évidence que l’interdiction (nahy) désigne la réprobation (karaha) et non l’interdiction (tahrim). C’est comme si elle l’avait compris par un indice contextuel (qarina), sinon le principe de base [d’une proscription] est l’interdiction. » .

Ce qui le prouve également est ce qu’a rapporté Ibn Majah d’après Abu Hurayra (qu’Allah l’agrée) : « Le Prophète ﷺ était lors de funérailles (janaza), Omar vit une femme et lui cria dessus. Le Prophète ﷺ dit alors : « Laisse-la, ô Omar, car l’œil est larmoyant (dam’ia), l’âme est affligée (musaba) et la mort est récente (‘ahd qarib). » 

Parmi ce qu’ils ont utilisé comme preuve (istadalla) également, il y a le fait que le mort (mayyit) trouve du réconfort (yasta’nis) auprès de sa famille (ahl), de leurs invocations (du’a), de leurs évocations (adhkar), de leur lecture du Coran (qira’at qur’an) et de leur demande de pardon (istighfar).

En résumé, non, aucune école ne dit que suivre le cortège funéraire est interdit (haram) pour les femmes. C’est déconseillé pour les shafi’ites et les hanbalites mais pas interdit. C’est déconseillé sévèrement par les hanafites au point qu’ils considèrent cela comme un péché (mais sans que ce soit haram car c’est pour eux un degré de gravité inférieur). C’est l’école la plus stricte sur la question.

C’est permis pour les malikites si : 

  • On ne craint pas de tentation (fitna) par la présence de la femme 
  • Le défunt  est un proche dont la perte est une grande épreuve pour elle (comme le mari, père, le fils etc)

Si ce n’est pas un proche, cela reste déconseillé, car on revient à la règle : il est déconseillé aux femmes de sortir sans raison. Ce n’est donc pas en raison d’une répréhension particulière pour cet événement, contrairement à ce que tout le monde pense. 

Alors pourquoi entend on partout que c’est interdit ?

  • Sans doute car, culturellement, cela ne se fait pas dans les pays musulmans, y compris les pays traditionnellement d’obédience malikite (Algérie, Maroc etc.)
  •  Parce que les gens sont abreuvés de fatâwâs wahhabites, parfois sans le savoir, et qu’ibn Baz et ibn ‘Uthaymin disent que c’est interdit. A chacun de se poser la question, est-ce que la parole de deux contemporains devrait avoir plus de poids que plus de mille ans de paroles savantes ? Pourquoi l’avis de quelques savants saoudiens supplante mille ans d’histoire juridique ?!


Et Dieu est plus savant.

1.[(و) جاز (خروج مُتَجَالَّةٌ) لجنازة مطلقًا (كشابة لم يخش فتنتها) يجوز خروجها (في) جنازة من عظمت مصيبته عليها (كأب) وأم (وزوج وابن) وبنت (وأخ) وأخت، وحرم على مخشية الفتنة مطلقًا] 

2.[(قوله: ويكره خروجهن تحريما)؛ لقوله صلى الله عليه وآله وسلم: «ارْجِعْنَ مَأْزُورَاتٍ غَيْرَ مَأْجُورَاتٍ» رواه ابن ماجه بسند ضعيف، لكن يعضده المعنى الحادث باختلاف الزمان الذي أشارت إليه السيدة عائشة بقولها: « لَوْ رَأَى رَسُولُ اللهِ صَلَّى اللهُ عَلَيْهِ وَآله وسَلَّمَ مَا أَحْدَثَ النِّسَاءُ بَعْدَهُ لَمَنَعَهُنَّ الْمَسْجِدَ كَمَا مُنِعَتْ نِسَاءُ بَنِي إِسْرَائِيلَ »، وهذا في نساء زمانها، فما ظنك بنساء زماننا، وأما ما في « الصحيحين » عن أم عطية رضي الله عنها: « نُهينَا عَنِ اتِّبَاعِ الجَنَائِزِ، وَلَمْ يُعْزَمْ عَلَيْنَا »؛ أي: إنه نهي تنزيه، فينبغي أن يختص بذلك الزمن، حيث كان يباح لهنَّ الخروج للمساجد والأعياد]

3.قال الإمام النووي في « المجموع » (5/ 277، ط. دار الفكر): [وأما النساء فيكره لهن اتباعها ولا يحرم، هذا هو الصواب، وهو الذي قاله أصحابنا.. هذا الذي ذكرناه من كراهة اتباع النساء الجنازة هو مذهبنا ومذهب جماهير العلماء، حكاه ابن المنذر عن ابن مسعود وابن عمر وأبي أمامة وعائشة رضي الله عنهم، والأئمة مسروق والحسن والنخعي والأوزاعي وأحمد وإسحاق، وبه قال الثوري، وعن أبي الدرداء والزهري وربيعة أنهم لم ينكروا ذلك، ولم يكرهه مالك إلا للشابة، وحكى العبدري عن مالك أنه يكره إلا أن يكون الميت ولدها أو والدها أو زوجها، وكانت ممن يخرج مثلها] اهـ، وقال العلامة ابن قدامة المقدسي في « المغني » (2/ 356، ط. مكتبة القاهرة): [ويكره اتباع النساء الجنائز]


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